Entretien avec Marie-Anne Werner
Inspirée par la vision de Pierre Werner – ancien Premier ministre du Luxembourg et père de l’euro – la Fondation qui porte son nom continue de promouvoir ses idéaux d’unité, de progrès et de curiosité intellectuelle. Chaque année, la Fondation Pierre Werner soutient des étudiants exceptionnels européens de troisième cycle à l’Université du Luxembourg, donnant voix à une nouvelle génération de talents en droit, économie, finance et sciences politiques. Ici, nous partageons les réflexions émouvantes de Marie-Anne Werner sur l’héritage durable de son père, ainsi que les témoignages de deux remarquables lauréats 2025, dont les recherches incarnent l’esprit d’ouverture et d’excellence au cœur de la Fondation.
Qu’est-ce qui vous a motivé à créer la Fondation Pierre Werner ?
Il y a trente ans, en 1993, pour célébrer ses 80 ans, quelques amis du monde politique luxembourgeois offrirent à mon père, Pierre Werner, ancien Président du Gouvernement du Luxembourg, un cadeau peu commun : une fondation portant son nom. En 2015, la décision fut prise de rejoindre la Fondation de Luxembourg en tant que fondation abritée. S’ouvraient à nous de nouvelles possibilités de contact grâce à une infrastructure experte et huilée. Nos idées initiales de soutenir des jeunes universitaires avaient enfin trouvé leur support, pour ne pas dire leur moteur !
Henri Werner, Élisabeth Werner et Marie-Anne Werner lors de la cérémonie de remise des bourses Pierre Werner 2025. © Sophie Margue
Comment faites-vous progresser les idéaux et les valeurs de M. Werner à travers la fondation ?
Les objectifs furent redéfinis de la façon suivante : la Fondation soutient des projets s’inscrivant dans la lignée de la pensée de Pierre Werner concernant l’intégration européenne, notamment sur les plans économique et monétaire. Le Comité décida de façon plus concrète de choisir le postuniversitaire, pour accorder des bourses à des projets ou des recherches portant sur l’intégration européenne, les phénomènes monétaires, la démocratie ou les droits de l’homme, dans n’importe quel pays du continent européen. Depuis 2017, nous arrivons à un total appréciable de 33 boursiers.
Quelle réalisation de la fondation vous rend le plus fière ?
Rejoindre la Fondation de Luxembourg en 2015 était une renaissance et une opportunité de reconnaissance, où nous avons trouvé une destination que mon père aurait appréciée : les Bourses Pierre Werner. Je pense que mon père aurait beaucoup aimé discuter avec les lauréats.
Pour moi c’est un grand plaisir et un excellent souvenir de mon père, qui est ravivé chaque année.
L’impact des bourses Pierre Werner
“Mon projet de doctorat, mené au sein de la Chaire UNESCO en droits de l’homme de l’Université du Luxembourg, analyse le rôle des organisations de la société civile dans l’élaboration et la diffusion des normes relatives aux droits de l’homme.
Ce projet met en lumière la façon dont les acteurs de la société civile mobilisent des ressources spécialisées et des alliances transnationales pour influencer la gouvernance des entreprises et les droits de l’homme. Il montre que ces lois constituent des expériences adaptatives, dans lesquelles la participation citoyenne, l’apprentissage mutuel et la diffusion des normes interagissent aux niveaux national, européen et international.
La Bourse Pierre Werner représente bien plus qu’une simple récompense financière. L’engagement de Pierre Werner a démontré que de grands hommes politiques dévoués ont bâti l’Europe. Grâce à cette bourse, je souhaite montrer que la recherche, la stimulation intellectuelle et l’échange d’idées continuent d’entretenir les fondements qui rendent l’Europe si belle. Pour moi, la Bourse Pierre Werner incarne également l’idéal européen qui a façonné mon parcours personnel et académique et qui continue de m’inspirer : la foi en la coopération transfrontalière, l’optimisme constructif et la recherche de la dignité humaine à travers le dialogue et la connaissance.”
“À une époque où l’information peut devenir une arme, la protection des sociétés démocratiques s’impose comme un enjeu majeur.
Ma recherche, menée à la Faculté de droit, d’économie et de finance de l’Université du Luxembourg ainsi qu’au Centre for IT & IP Law (CiTiP) de la KU Leuven, examine comment le cadre juridique de l’Union européenne peut s’adapter afin de faire face aux menaces hybrides, à savoir les ingérences, influences et opérations étrangères visant à déstabiliser et à contraindre les sociétés démocratiques.
Dans le cadre du projet « European Union vs Hybrid Threats: Repurposing the EU Legal Framework to Counter Hybrid Threats? », j’explore comment la législation européenne existante en matière de désinformation, de cybersécurité et de cybercriminalité peut être utilisée pour renforcer la résilience juridique de l’Union et préserver ses fondements démocratiques.
Avec le soutien de la Fondation Pierre Werner, je mènerai une partie de cette recherche à l’Université Waseda à Tokyo, en comparant les approches européenne et japonaise des menaces hybrides. Cette perspective transnationale vise à formuler des recommandations politiques sur la manière dont les sociétés démocratiques peuvent rester sûres, résilientes et fidèles à leurs valeurs démocratiques dans un contexte géopolitique de plus en plus fragmenté.”
‟ Les idées de Pierre Werner – des années 1970, des années 1980
– perdurent à travers ces bourses que nous attribuons à des
étudiants brillants issus de nombreux pays européens.”
Premier Ministre du Luxembourg et Président du Comité de Gestion de la Fondation Pierre Werner
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Cet article a été initialement publié dans la lettre d’information Philanthropy Letter de la Fondation de Luxembourg, édition hiver 2026 et est reproduit avec autorisation.