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Riz froid et maladie de Parkinson : quand l’alimentation influence notre microbiote puis notre cerveau

  • Luxembourg Centre for Systems Biomedicine (LCSB)
    15 janvier 2026
  • Catégorie
    Recherche
  • Thème
    Sciences de la vie & médecine

L’amidon résistant, présent dans les pommes de terre, le riz ou les pâtes cuits puis refroidis, est non seulement le dernier sujet à la mode sur les blogs alimentaires et parmi les passionnés de nutrition, mais il s’avère que son impact sur notre intestin est également étudié dans le contexte des maladies neurodégénératives. Une équipe de chercheurs, dont les travaux de recherche portent sur le microbiote intestinal, l’ensemble des micro-organismes vivant dans notre système digestif, a récemment observé qu’un régime alimentaire enrichi en amidon résistant avait des effets prometteurs sur les symptômes de la maladie de Parkinson. Leur étude vient d’être publiée dans la revue scientifique Brain, Behavior, and Immunity.

Une maladie neurodégénérative qui pourrait trouver son origine dans l’intestin

Si la plupart des gens associent la maladie de Parkinson au cerveau, moins nombreux sont ceux qui connaissent son impact sur l’intestin. En effet, dans cette maladie neurodégénérative, le système nerveux entérique qui innerve notre système digestif est touché très tôt. Des altérations du microbiote intestinal entraînent également des symptômes gastro-intestinaux, comme la constipation, au premier stade de la maladie, avant même l’apparition des symptômes classiques. Les changements observés parmi les micro-organismes présents dans l’intestin des patients intéressent particulièrement les scientifiques qui étudient cette maladie car ils semblent favoriser la neuroinflammation et aggraver les mécanismes pathologiques. « Il existe de plus en plus de preuves que le microbiote intestinal joue un rôle important dans la maladie de Parkinson et nous savons par ailleurs que l’alimentation façonne la structure et le fonctionnement du microbiote », explique le professeur Paul Wilmes, responsable de l’équipe Systems Ecology au the Luxembourg Centre for Systems Biomedicine (LCSB). « Agir de façon ciblée sur l’alimentation constitue donc une piste prometteuse pour soulager les symptômes de la maladie, d’autant plus que ce genre d’approche est généralement bien tolérée et bien acceptée par les patients. »

L’alimentation, un outil pour améliorer la qualité de vie des patients

L’équipe du Prof. Wilmes, en collaboration avec le groupe du professeur Brit Mollenhauer de la clinique Paracelsus Elena à Kassel, s’est ainsi récemment intéressée au potentiel de l’amidon résistant. Lorsqu’il est consommé, ce glucide complexe traverse l’estomac et l’intestin grêle sans être absorbé et atteint le gros intestin où il est digéré par divers micro-organismes. Dans le cas de la maladie de Parkinson, il pourrait, en association avec d’autres fibres alimentaires, contribuer à moduler le microbiote intestinal et être ainsi bénéfique aux patients. L’amidon résistant est présent naturellement dans différents aliments comme les bananes vertes, les haricots, les graines et les noix, et peut également être formé en cuisant puis en laissant refroidir des pommes de terre, du riz ou des pâtes.

Dans le cadre d’une étude pilote, l’équipe du LCSB a suivi 74 patients atteints de la maladie de Parkinson pendant deux à quarante semaines. Ces derniers avaient adopté différents régimes alimentaires : un régime conventionnel, un régime enrichi en amidon résistant ou un régime riche en fibres classique. Les chercheurs ont régulièrement prélevé des échantillons de selles et de sang, et recueilli des données cliniques, pharmacologiques et nutritionnelles, ce qui leur a permis de comparer en détail les effets de ces différents régimes. « Nous avons analysé la structure du microbiote intestinal, son potentiel fonctionnel et les molécules présentes dans le sang et les selles à l’aide de méthodes de pointe telles que le séquençage shotgun et les approches multi-omiques », explique Dr Viacheslav Petrov, premier auteur de l’étude et post-doctorant au sein du groupe Systems Ecology. « En association avec des questionnaires sur les symptômes et le ressenti des patients, cela nous a donné un très bon aperçu de l’impact des régimes riches en amidon résistant et en fibres alimentaires. »

Une étude pilote aux résultats prometteurs

Leurs conclusions révèlent que l’ajout d’amidon résistant et de fibres dans l’alimentation, même pendant une courte période, remodèle le microbiote intestinal des participants, entraînant une augmentation des bactéries bénéfiques, notamment les espèces du genre Faecalibacterium, et une diminution des pathogènes opportunistes. Lorsqu’elle est prolongée pendant plusieurs semaines, la consommation d’amidon résistant présente d’autres avantages, allant d’une augmentation des molécules anti-inflammatoires dans les selles et le sang à une amélioration des symptômes moteurs et non moteurs.

« Le supplément en amidon résistant fournit des ressources aux micro-organismes bénéfiques pour la santé présents dans le gros intestin », explique Dr Petrov. « On observe donc une modification de la composition du microbiote intestinal qui est étroitement liée aux fonctions qu’il peut remplir, par exemple la capacité de ces micro-organismes à former des biofilms qui protègent contre les lésions intestinales. Ces changements ont également un impact sur l’activité métabolique et la réponse inflammatoire de l’organisme. » La conséquence la plus frappante est bien sûr la nette amélioration observée au niveau des symptômes et de la qualité de vie des patients.

Explorer les liens complexes entre le microbiote et les maladies neurodégénératives

Si cette étude met en évidence que l’alimentation peut être utilisée efficacement pour moduler le microbiote intestinal et gérer les symptômes de la maladie de Parkinson, les travaux de l’équipe Systems Ecology ne cessent de dévoiler à quel point les micro-organismes présents dans notre intestin joue un rôle aux multiples facettes. « Nous sommes bien sûr très heureux d’obtenir des résultats qui peuvent directement déboucher sur des recommandations nutritionnelles et ainsi aider les patients », déclare le professeur Wilmes. « Cependant, nos recherches montrent également à quel point les liens entre l’intestin et le cerveau sont complexes. Plus nous apprenons, plus nous nous posons de questions. Le microbiote est-il simplement affecté par la maladie ou peut-il déclencher son apparition ? Ou bien, au contraire, pourrait-il avoir un rôle protecteur ? »

Certaines des publications récentes de l’équipe ont par exemple montré que le microbiote intestinal est déjà perturbé aux tout premiers stades de la maladie de Parkinson, notamment chez les personnes atteintes de trouble du comportement en sommeil paradoxal. Ces changements précoces affectent des fonctions clés du microbiote, qui contribuent normalement à réguler le système immunitaire et le fonctionnement du cerveau, et ont donc un impact global sur la santé. Dans le cadre du projet ExpoBiome lancé en 2020 grâce à un financement de l’ERC et d’une bourse « Proof of Concept » obtenue en 2025, l’équipe se penche également sur certaines petites protéines produites par le microbiote intestinal. Ces dernières peuvent déclencher l’agrégation de l’α-synucléine, une des caractéristiques de la maladie de Parkinson. Les chercheurs s’intéressent à la fois au possible rôle pathogène de ces molécules et à la manière de les utiliser comme biomarqueurs pour détecter la maladie à un stade précoce.

Pris ensemble, ces travaux sur le rôle de l’axe intestin-cerveau dans la neurodégénérescence vont permettre de mieux comprendre plusieurs maladies neurodégénératives et d’élaborer de stratégies thérapeutiques axées sur la restauration du microbiote, notamment en adaptant l’alimentation des patients sur le long terme.

L’article publié dans la revue Brain, Behavior, and Immunity est dédiée à la mémoire de Dr Sebastian Schade. L’engagement sans faille, l’expertise clinique et la vision de ce jeune clinicien-chercheur talentueux ont été indispensables à la réussite de cette étude. Son dévouement envers les patients et sa passion inébranlable à faire progresser notre compréhension de la maladie de Parkinson constituent la pierre angulaire de ce travail. Son souvenir perdure au travers des idées et des collègues qu’il a inspirés, de l’esprit collaboratif qu’il incarnait et des patients dont il s’occupait avec tant d’attention.

Les chercheurs

Références :

L’étude publiée dans Brain, Behavior, and Immunity  a reçu un financement de la Fondation Michael J. Fox. Les travaux de recherche menés par le groupe Systems Ecology du LCSB sont également soutenus par le Conseil européen de la recherche dans le cadre du programme pour la recherche et l’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne, le Luxembourg National Research Fund (FNR), la Fondation Parkinson, l’Institute for Advanced Studies de l’Université du Luxembourg, le Rotary Club Luxembourg, la Fondation allemande pour la recherche et par une bourse de recherche Fulbright de la Commission pour les échanges éducatifs entre les États-Unis, la Belgique et le Luxembourg.

Crédits : Image du haut générée avec l’IA