Pour les jeunes d’aujourd’hui, les mondes numérique et présentiel ne s’opposent plus : ils s’entremêlent, au point que leurs frontières deviennent presque invisibles. Ce qui se vit hors ligne se prolonge en ligne, et inversement, avec toutes les dynamiques constructives, les opportunités, mais aussi les risques que cette continuité peut engendrer.
Le Rapport sur la Jeunesse 2025 met en lumière cette transformation profonde et ses implications pour les 12–29 ans.
Publié tous les cinq ans par l’Université du Luxembourg en partenariat avec le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse (MENJE), ce rapport a été réalisé par l’équipe multidisciplinaire du Centre for Childhood and Youth Research (CCY). Il propose une analyse approfondie de la situation des jeunes hors ligne et en ligne, en abordant des thématiques telles que le bien-être, la participation, les relations sociales, l’IA et l’éducation.
Le numérique n’est plus un simple outil : il façonne le quotidien des jeunes. Les échanges familiaux se poursuivent sur messagerie, les devoirs passent par des plateformes en ligne, les amitiés s’entretiennent sur les réseaux sociaux et les loisirs se vivent autant sur écran qu’en face-à-face. Les interactions physiques restent essentielles mais coexistent désormais avec le numérique. Et si cette continuité participe au sentiment d’appartenance et de reconnaissance sociale, elle peut également devenir addictive et chronophage.
Le rapport au temps et une vulnérabilité accrue pour les 12-15 ans
Parmi les constats marquants figure un rapport au temps profondément transformé. La connectivité permanente et l’usage des réseaux sociaux créent un sentiment d’accélération et de pression, rendant la déconnexion plus difficile. Passer autant de temps en ligne expose particulièrement les adolescents de 12 à 15 ans à des risques tels que le cyberharcèlement, les usages problématiques ou les contacts indésirables, alors que leur capacité d’autorégulation est encore en construction.
Inégalités persistantes et bien-être en baisse
Même connectés, tous les jeunes ne partent pas du même point. L’accès au numérique et la manière dont il est utilisé varient fortement selon les ressources, l’éducation et l’environnement familial, façonnant les opportunités réelles dans la vie quotidienne. Les filles et jeunes femmes sont particulièrement exposées à des expériences négatives en ligne (messages sexuels, contacts inappropriés, violations de limites dans les jeux vidéo, etc.) révélant l’impact des normes sociales et des rapports de genre.
Ces différences vont de pair avec un déclin du bien-être : un quart des jeunes se sentent mal ou stressés et les troubles psychosomatiques, surtout chez les jeunes femmes, sont en hausse depuis 2019. Le statut socio-économique, l’âge et le sexe restent les facteurs qui influencent le plus le bien-être, montrant que le numérique amplifie les inégalités sociales.
Les données mettent également en lumière des dynamiques inverses, certains jeunes en situation de vulnérabilité économique ou sociale utilisent les outils numériques comme un levier pour compenser ces désavantages. Applications d’apprentissage linguistique, accès à des ressources éducatives en ligne ou nouvelles formes de sociabilité : pour eux, le numérique peut devenir un pont, une opportunité de renforcer leurs compétences et d’élargir leurs horizons.
Famille et amis : des piliers dans un monde connecté
Bien que ces constats soulèvent des inquiétudes et que certains pays européens, comme la France, renforcent progressivement la régulation du numérique pour protéger les jeunes, il existe aussi des aspects encourageants. Les principaux réseaux de soutien à l’ère digitale restent les pairs, qui jouent un rôle central dans le sentiment d’appartenance et de reconnaissance. La famille conserve également un rôle central, notamment pour les plus jeunes, en apportant stabilité et résilience face aux défis d’un quotidien de plus en plus connecté.
Beaucoup de jeunes identifient les risques, expriment leurs préoccupations et tentent de mettre en place des stratégies d’auto-régulation. Mais dans un univers où les interactions sociales passent largement par les écrans, se déconnecter peut aussi signifier s’exclure. Cette crainte de manquer quelque chose, le « Fear of Missing Out (FoMO) » illustre toute l’ambivalence d’une génération qui cherche l’équilibre entre connexion et protection.
Comment soutenir les jeunes ?
Pour les aider à s’y retrouver, il est crucial de proposer des outils éducatifs clairs et accessibles, mais aussi de soutenir les parents avec des repères concrets pour encadrer sans étouffer. Les espaces sûrs et inclusifs doivent se multiplier, notamment pour les filles et les jeunes issus de milieux moins favorisés, souvent plus exposés aux risques en ligne. Enfin, donner aux jeunes les moyens de s’exprimer, d’agir et de participer activement, en particulier aux décisions qui les concernent, renforce leur confiance et leur efficacité personnelle, leur donne le sentiment d’être pris au sérieux et valorise leurs connaissances et leurs expériences vécues.
Ce rapport de plus de 260 pages repose sur un dispositif de recherche multiméthodes combinant, sur la période 2023–2025, des enquêtes représentatives (Youth Survey Luxembourg), des études qualitatives ainsi que des analyses de données secondaires. Pour la première fois, le rapport est publié intégralement en allemand et en français. En complément de la version imprimée, une offre en ligne enrichie avec des ressources supplémentaires est disponible : www.jugendbericht.lu.
Le rapport est officiellement publié le 9 Mars 2026 et a été présenté au Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse. Le communiqué de presse officiel est disponible ici.
Une présentation des principaux résultats sera organisée le 16 avril 2026 à 18h00 à la Maison du Savoir (3.500) de l’Université du Luxembourg. Cette session sera suivie d’un moment d’échange.