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Pourquoi la liberté académique est-elle essentielle pour les chercheurs et professeurs ?

  • 20 mai 2026
  • Catégorie
    Education, Recherche
  • Thème
    Université

La liberté académique est inscrite dans la législation luxembourgeoise, qui protège la liberté de pensée et d’expression dans l’enseignement et la recherche en l’absence de toute emprise politique, économique, religieuse et idéologique.

Le 20 mai est la Journée internationale de la liberté académique, commémorant le jour de 1921 où Marie Curie a reçu un gramme de radium des mains du président Warren Harding à la Maison Blanche. Ce don lui a permis de faire des découvertes révolutionnaires en Europe.

Pour célébrer l’importance de la liberté académique, nous avons demandé à des chercheurs et professeurs de l’Université du Luxembourg ce qu’elle signifie pour eux personnellement en pratique.

Qu’est-ce que la liberté académique pour nos chercheurs et nos professeurs ?

  • En tant que professeure d’une discipline qui a historiquement longtemps été sous la coupole médicale et religieuse employant, pro deo, des infirmières, corvéables, non qualifiées, je suis d’autant plus attachée à la liberté académique. Exprimer et diffuser les fondements des sciences infirmières, basées non seulement sur les preuves mais également sur l’expérience des personnes accompagnées est nécessaire dans un contexte où la voix des infirmiers a été et est encore discréditée ou tout simplement non entendue. Promouvoir l’estime de soi des étudiants en sciences infirmières afin qu’elles osent porteur leur voix, originale, s’affirmer et assumer un leadership est au cœur de nos programmes. Avec nos étudiants et en équipe, ouvrir des portes, qui semblaient infranchissables.

    Prof Marie FRIEDEL

    Full professor of Nursing Sciences

  • Pour moi, la liberté académique implique d’apprendre à poser des questions dérangeantes sans craindre d’être accusé d’offenser. Les questions qui comptent sont souvent difficiles, troublantes et/ou gênantes. Une université qui valorise la liberté de pensée, d’expression et d’enseignement devrait protéger le droit de poser de telles questions, même (ou surtout) lorsqu’elles remettent en cause les discours dominants et les opinions faisant autorité. Tant que le débat reste honnête, rationnel et courtois, la liberté académique — et, avec elle, la liberté d’expression et de pensée — doit être défendue sans hésitation. Nous devons apprendre aux étudiants (et à nous-mêmes) à ne pas privilégier le confort, la pureté du langage ou une déférence excessive envers les sensibilités personnelles, mais plutôt le courage de poser des questions, la volonté de s’engager dans un échange honnête, la capacité d’écouter et d’argumenter rationnellement, ainsi que l’ouverture d’esprit nécessaire pour remettre en question ses propres convictions. Être interpellé, voire choqué, par des idées est souvent un chemin vers la croissance intellectuelle.

    Assoc. Prof Gabriele LENZINI

    Associate professor/Chief scientist 2

  • La liberté académique signifie pouvoir remettre en question, discuter et explorer des idées ouvertement. Dans les sciences de la santé, cela est particulièrement important, car le progrès dépend de notre capacité à remettre en question les pratiques actuelles, à générer de nouvelles connaissances et à améliorer continuellement les soins et la sécurité des patients. Personellement, l’héritage de Marie Curie est particulièrement significatif dans ce contexte. Ses travaux pionniers sur la radioactivité ont contribué à jeter les bases scientifiques d’applications médicales ultérieures. Ses contributions les plus directes ont surtout porté sur la radiologie aux rayons X, notamment les unités mobiles de radiographie utilisées pendant la Première Guerre mondiale, et sur l’utilisation du radium dans le traitement des tumeurs. En tant que professionnel de l’imagerie médicale, je considère son héritage comme un rappel que la liberté scientifique peut mener à des découvertes qui, en fin de compte, transforment les soins prodigués aux patients.

    Assist. Prof Rui Pedro PEREIRA DE ALMEIDA

    Assistant professor in Clinical Imaging

  • La liberté académique est associée à la capacité de développer de nouvelles technologies, de trouver des solutions aux défis ou de combler le fossé entre une découverte et une application pratique. Elle est donc étroitement liée au progrès et à la prospérité.

    Assoc. Prof Christian FISCH

    Associate professor in Business Economics and Entrepreneurship

  • Si la liberté (académique) a un sens, c’est celui du droit de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre.

    Prof Gilbert MASSARD

    Professor in Medical Education

  • Je veux pouvoir mener mes recherches là où nos résultats nous mènent. Cela signifie qu’une question apparemment très basique en biologie du cancer peut avoir des implications majeures pour l’avenir.

    Prof Daniel ABANKWA

    Full professor in Cellular Tumour Biology

  • Je pense que c’est un bon rappel que la liberté académique, et toutes les formes de liberté, ne sont pas acquises. Pour moi, la liberté académique est la capacité de mener des recherches sur des sujets qui ont un sens pour moi. La liberté académique, c’est aussi l’écosystème politique et sociétal qui me permet d’approfondir ces sujets. La liberté académique, c’est en fin de compte la possibilité d’exprimer une opinion ou un point de vue qui ne correspond peut-être pas à celui de la majorité.

    Assist. Prof Adrian STANCIU

    Assistant professor Lifespan Developmental Psychology (adult development with a focus on technology and/or digitalization)

  • La liberté académique signifie l’enseignement et la recherche sans restrictions de l’État ni ingérence de l’administration universitaire. Je suis libre de décider comment j’acquiers, interprète et transmets les connaissances, et comment je motive, dirige et supervise les membres de mon groupe. L’interdisciplinarité est également très importante pour moi : je peux moi-même établir des ponts avec d’autres disciplines et collaborer avec des collègues.

    Assoc. Prof Christoph SCHOMMER

    Associate professor in Artificial Intelligence

  • Au-delà des pressions plus visibles sur la liberté d’expression en Europe, y compris les tendances inquiétantes à sanctionner ou à marginaliser des individus pour leurs opinions, je voudrais attirer l’attention sur une question plus directement pertinente pour notre université : la liberté académique n’est pas purement formelle, mais nécessite les conditions matérielles et organisationnelles indispensables pour mener des recherches dans la pratique. Comme l’a reconnu la Cour de justice de l’Union européenne, elle englobe à la fois les libertés individuelles et l’autonomie institutionnelle des universités pour définir leurs orientations et priorités de recherche de manière indépendante. Si elles sont appliquées sans discernement, les réglementations en matière de cybersécurité telles que la directive NIS2 risquent de transformer la conformité en une limitation de facto de la liberté académique, en contradiction avec la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

    Prof Massimiliano ESPOSITO

    Full professor in Theoretical physics