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UniverCITY Talks: le bien-être au travail dans un environnement professionnel en mutation

  • Faculté de Droit, d'Économie et de Finance (FDEF)
    Faculté des Sciences Humaines, des Sciences de l’Éducation et des Sciences Sociales (FHSE)
    11 mai 2026
  • Catégorie
    Relations avec le public
  • Thème
    Psychologie, neurosciences & économie comportementale

Le 22 avril 2026, l’Université du Luxembourg a organisé une nouvelle session UniverCITY Talks, consacrée à un sujet qui résonne fortement auprès de nombreux professionnels aujourd’hui : le bien-être au travail dans un environnement de plus en plus flexible et digital.

Réunissant la Prof. Anna Kornadt (Head of DBCS et professeure en psychologie), le Prof. Luca Ratti (professeur en droit du travail européen et comparé) et la Dr Nastazja Potocka-Sionek (chercheuse postdoctorale en droit du travail), la discussion a porté sur la manière dont l’évolution des modes de travail transforme à la fois notre expérience quotidienne du travail et les cadres destinés à le réguler.

Du lieu de travail à la « sphère de travail »

L’un des concepts centraux abordés lors de la session est celui de la « sphère de travail », développé dans le cadre du projet de recherche interdisciplinaire Wellbeing @ Work (W@W), qui associe droit et psychologie, et financé par l’Institute for Advanced Studies de l’Université. 

Plutôt que d’être lié à un lieu fixe, le travail est désormais perçu comme une activité qui suit les individus à travers différents espaces et moments : du bureau au domicile et souvent au-delà des horaires traditionnels.

Cette évolution soulève des questions complexes. Si le travail n’est plus confiné à un espace physique, comment les protections juridiques peuvent-elles s’appliquer ? Et comment les employeurs peuvent-ils garantir le bien-être des salariés lorsque les frontières entre vie professionnelle et vie privée deviennent de plus en plus floues ?

Le bien-être : un concept subjectif mais essentiel

Du point de vue psychologique, le bien-être n’est pas un concept universel. Il est souvent défini comme un bien-être subjectif, c’est-à-dire la manière dont les individus évaluent leur propre vie, incluant la satisfaction de vie, l’équilibre émotionnel et le sentiment de sens. 

Cette subjectivité rend le bien-être difficile à encadrer juridiquement. Là où le droit cherche à établir des définitions et des limites claires, la psychologie souligne que le bien-être dépend des situations individuelles, des ressources disponibles et des perceptions de chacun.

Flexibilité : opportunité ou risque ?

Le travail flexible et à distance présente des avantages évidents, notamment en termes d’autonomie et de gestion du temps. Toutefois, la discussion a souligné que ces bénéfices peuvent rapidement s’accompagner de nouveaux défis. 

Parmi les risques évoqués : 

  • l’effacement des frontières entre vie professionnelle et vie privée  
  • la disponibilité permanente  
  • l’intensification du travail  
  • l’isolement social et la perte d’interactions informelles  

Les intervenants ont également rappelé que le télétravail n’améliore ni ne détériore systématiquement le bien-être : son impact dépend largement des conditions individuelles, telles que l’environnement de travail à domicile, les relations sociales et les caractéristiques du poste.

Le coût invisible de la déconnexion sociale

Si les outils numériques permettent une plus grande flexibilité, ils transforment également les relations de travail. 

Dans les environnements à distance, la disparition des interactions spontanées a été identifiée comme un enjeu majeur. Les échanges informels jouent un rôle essentiel dans le sentiment de reconnaissance et de soutien des employés.

Lorsque ces interactions disparaissent, le feedback devient plus formel et moins fréquent, ce qui peut accroître l’anxiété et réduire l’engagement.

Burnout et limites des responsabilités

Le burnout a également été au cœur des discussions, décrit comme un état d’épuisement chronique associé à un détachement émotionnel vis-à-vis du travail. 

Les échanges ont mis en évidence la complexité de la répartition des responsabilités : les individus sont invités à gérer leur propre stress et leur bien-être, tandis que les employeurs ont l’obligation légale de garantir des conditions de travail sûres et saines. 

Cependant, la frontière entre ces responsabilités reste floue, d’autant plus que le bien-être n’est pas clairement défini en droit.

Un cadre juridique en décalage avec les évolutions du travail

D’un point de vue juridique, le bien-être au travail est abordé à travers un ensemble fragmenté de réglementations plutôt que par un cadre unique et cohérent. 

Les dispositifs existants – tels que les règles relatives au temps de travail, les politiques d’équilibre vie professionnelle/vie privée ou les directives en matière de santé et sécurité – couvrent certains aspects du bien-être, sans pour autant intégrer pleinement les nouveaux risques psychosociaux.

L’émergence de concepts comme le droit à la déconnexion illustre les tentatives d’adaptation, dont l’efficacité reste toutefois difficile à évaluer dans des environnements de travail de plus en plus complexes.

Technologie et nouveaux risques

La digitalisation et l’intelligence artificielle ajoutent une nouvelle dimension à ces enjeux. Si ces outils peuvent améliorer l’efficacité et soutenir les travailleurs, ils peuvent également entraîner : 

  • un renforcement du contrôle  
  • une pression accrue liée au temps  
  • une anxiété liée au suivi des performances, au manque de transparence et à l’instabilité de l’emploi  

La discussion a souligné l’importance d’une évaluation des risques et d’une mise en œuvre responsable, plutôt que de considérer la technologie comme intrinsèquement positive ou négative.

Quelles pistes d’action ?

Malgré ces défis, plusieurs pistes concrètes ont été mises en avant. 

Les organisations peuvent notamment : 

  • maintenir des échanges réguliers entre managers et collaborateurs  
  • encourager de véritables temps de pause, déconnectés du travail  
  • favoriser les interactions sociales, y compris en mode hybride  
  • garantir de bonnes conditions de travail, notamment sur le plan ergonomique  
  • promouvoir une culture d’entreprise bienveillante  

Au niveau individuel, les participants ont été encouragés à gérer activement leur charge de travail, à solliciter du soutien si nécessaire et à réfléchir à l’adéquation entre les exigences professionnelles et leurs ressources personnelles.

Repenser le bien-être au travail

Les échanges ont montré que le bien-être au travail ne peut être appréhendé à travers une approche unique. Il se situe à l’intersection des cadres juridiques, des pratiques organisationnelles et des réalités individuelles. 

À mesure que les modes de travail évoluent, les approches visant à comprendre et à soutenir le bien-être doivent elles aussi s’adapter, impliquant un dialogue continu entre recherche, politiques publiques et pratiques professionnelles.

À propos de la série

UniverCITY Talks est une série de discussions interactives au cours desquelles des experts de l’Université du Luxembourg viennent à la rencontre du public pour explorer des thématiques clés telles que l’intelligence artificielle, la santé, la finance, l’espace ou encore la durabilité. 

Gratuites et ouvertes à tous, ces sessions encouragent le dialogue entre le monde académique et le grand public, avec des temps d’échange et de questions-réponses. Toutes les conférences ont lieu au Tero House 17, à Luxembourg-ville.