Appel à communication pour un colloque organisé le 8 et 9 juin 2026.
Organisateurs
Chaire Histoire & Migrations, Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History (C²DH), Université du Luxembourg; UFR Sciences humaines et sociales, Université de Lorraine; Centre de documentation sur les migrations humaines (CDMH), Dudelange
Lieux: Université du Luxembourg, Esch-sur-Alzette (le 8 juin) et Dudelange (le 9 juin), au Grand-Duché du Luxembourg (événement on-site)
Contexte et problématique
L’accueil des réfugiés est depuis plus d’un siècle au cœur des tensions entre impératifs humanitaires, souveraineté étatique et régulations internationales. Les crises qualifiées de migratoires – qu’elles résultent de conflits armés, de persécutions politiques, de la décolonisation ou de catastrophes naturelles – ont toujours exposé les contradictions entre normes universelles et pratiques nationales. Dès les années 1930, lorsqu’il n’existait pas de cadre juridique contraignant pour la protection des réfugiés, les États définissaient de manière souveraine leurs politiques d’admission, souvent restrictives et arbitraires, et la protection reposait sur des réseaux politiques ou caritatifs et des initiatives locales. Cette période met en lumière l’importance de l’administration nationale, mais aussi les premiers enjeux de coordination internationale émergente, notamment via la Société des Nations et ses bureaux de l’aide aux réfugiés.
Après la Seconde Guerre mondiale, avec la mise en œuvre de la Convention de Genève de 1951, le droit international codifie la notion de réfugié mais la souveraineté étatique demeure centrale. Les États peuvent sélectionner les réfugiés selon des critères politiques ou sociaux, et la bureaucratie administrative devient un instrument majeur de contrôle.
Depuis les années 1990 et jusqu’à aujourd’hui, la sécuritisation des politiques migratoires au niveau national, européen et mondial transforme radicalement le rapport entre réfugiés et États. La bureaucratisation croissante, l’instauration de statuts temporaires ou « demi-statuts » et l’inversion de la charge de la preuve ont profondément modifié les pratiques administratives et les droits effectifs des réfugiés. Cette évolution interroge la capacité des cadres juridiques internationaux à protéger efficacement les réfugiés dans un contexte où la souveraineté nationale et la logique sécuritaire priment.
Le colloque vise à explorer ces continuités et ruptures dans les politiques d’accueil en Europe, en combinant histoire, sociologie, science politique et droit et en proposant des analyses comparatives et transnationales. Les études de cas peuvent porter sur des zones spécifiques, comme le Luxembourg et la Grande Région (le Luxembourg et les régions avoisinantes), mais ces exemples ne sont pas exclusifs : les comparaisons avec d’autres contextes nationaux ou régionaux sont encouragées.
Axe 1 – Cadres juridiques et souveraineté étatique
L’objectif de cet axe est d’analyser l’évolution des instruments juridiques et leur relation à la souveraineté nationale. Il s’agit de questionner comment les États ont articulé leurs obligations internationales avec leurs impératifs de contrôle national au cours du XXe siècle ? :
- La capacité du droit international à encadrer l’accueil des réfugiés et ses limites face aux choix souverains des États.
- La transition entre absence de normes contraignantes (années 1930), codification avec la Convention de Genève (1951) et protocole de 1967, et les dispositifs contemporains marqués par la sécurité et la gestion restrictive des flux.
- La mise en œuvre concrète des droits des réfugiés dans des contextes nationaux variés, en particulier comment la bureaucratie et la pratique administrative reflètent ou contredisent les engagements internationaux.
- L’encadrement de la souveraineté étatique par un droit d’asile européen.
Axe 2 – Politiques et pratiques administratives de l’asile
Cet axe se concentre sur la manière dont les États organisent concrètement l’accueil et la protection et quels effets la bureaucratisation et la multiplication des statuts temporaires ont-elles sur l’accès à l’asile et à la protection sociale, dans des contextes comparatifs ?
- L’évolution des procédures d’admission et de sélection, de la gestion ad hoc des années 1930 aux systèmes bureaucratisés contemporains.
- L’apparition de dispositifs intermédiaires, tels que les statuts temporaires ou « demi-statuts », et leur impact sur la sécurité juridique et sociale des réfugiés.
- La documentation, la preuve et la vérification dans les procédures d’asile, et la manière dont ces pratiques influencent l’accès aux droits.
- L’évolution des politiques de l’Union européenne en matière d’asile.
Axe 3 – Dimension sociale et perception publique des réfugiés
Les politiques d’accueil ne peuvent se comprendre indépendamment de leur inscription dans la société civile et les représentations sociales. Il s’agit ici, de voir comment les perceptions sociales et les pratiques de solidarité influencent-elles l’efficacité et l’acceptabilité des politiques d’accueil à différentes périodes historiques ?
- Rôle des médias, des discours politiques et des débats publics dans la construction sociale des réfugiés.
- Réseaux de solidarité, organisations non gouvernementales et initiatives locales, et leur capacité à compenser ou compléter les dispositifs étatiques.
- Effets des politiques d’accueil sur l’intégration sociale, économique et culturelle des réfugiés, et sur la cohésion sociale.
- Inclure la parole et l’expérience des réfugiés en tant qu’acteurs
Axe 4 – Comparaison historique et transnationale
Cet axe propose une réflexion analytique sur les continuités et ruptures, qui peuvent être observés dans les politiques d’accueil et comment varient-ils selon les contextes nationaux et régionaux (surtout dans la Grande Région et au Luxembourg) ?
- Comparaison des politiques et pratiques d’accueil entre les périodes 1930, 1950-1980 et aujourd’hui.
- Analyse transnationale ou régionale, permettant de saisir les effets des institutions internationales, des politiques européennes et des dynamiques locales.
- Approches pluridisciplinaires combinant histoire, sociologie et science politique pour comprendre les facteurs politiques, économiques et sociaux qui structurent l’accueil des réfugiés.
Modalités de soumission
- Envoyer un résumé de 4 000 caractères maximum (espaces compris) en format PDF, en un seul fichier, à l’adresse colloque.refugies@uni.lu, comprenant :
- Nom et affiliation de(s) auteur(s)
- Biographie courte
- Titre
- Thématique
- Méthodologie employée
- Axe d’inscription
- Langues
- français ou
- anglais
- Date limite de soumission : 17 avril 2026
- Notification d’acceptation : 24 avril 2026
Les organisateurs se chargeront de l’hébergement, mais ne prendront en charge les frais de voyage uniquement que dans des cas exceptionnels. Veuillez indiquer, lors de votre soumission, si vous aurez besoin d’une prise en charge des frais de voyages.
Comité d’organisation
- Tiago Flores, Centre de documentation sur les migrations humaines (CDMH), Dudelange
- Piero-D. Galloro, Histoire et Sociologie des (im)migrations, UFR Sciences Humaines et Sociales, Université de Lorraine
- Heidi Martins, CDMH, Dudelange
- Antoinette Reuter, CDMH, Dudelange
- Daniel Richter, Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History (C²DH), Université du Luxembourg
- Denis Scuto, Chaire Histoire et Migrations, C²DH, Université du Luxembourg
- Sarah Maya Vercruysse, C²DH, Université du Luxembourg