Pourquoi se sont-ils installés à Luxembourg ? Comment ont-ils vécu dans le Luxembourg d’avant-guerre ? Quel a été leur destin au cours du conflit ? En 1940, la Wehrmacht occupe le Luxembourg. Dans les années qui suivent, des milliers de personnes sont persécutées par les nazis, ceux-ci les qualifiant de « juifs » sur la base des lois raciales de Nuremberg. Le livre « Parcours de vie – Les Juifs du Luxembourg et la Shoah » révèle leur(s) histoire(s).
Alfred Oppenheimer (1901-1993). Collection privée; photographe et date inconnus
Pour raconter aussi fidèlement que possible leurs parcours de vie avant, pendant et après la Shoah, vingt auteurs ont conduit un travail de recherche scientifique minutieux. Au-delà des grandes tendances historiques, cette approche microhistorique permet d’éclairer le sort d’individus et de familles pris dans cette époque tourmentée. Qu’ils aient été implantés de longue date au Grand-Duché ou migrants venus au Luxembourg, souvent victimes d’antisémitisme, fuyant les pogromes et la violence, leurs destinées marquées de travail, de réussite, de bonheur, parfois aussi de pauvreté et d’exclusion, finissent dans la fuite devant l’indicible, l’exil, le malheur d’être pris dans la nasse et l’horreur du génocide.
Daniel Thilman et Jérôme Courtoy, deux des auteurs du livre, ont ainsi retracé la vie d’Alfred Oppenheimer « l’un des témoins les plus importants de la politique juive nazie au Luxembourg. » En tant que président du Consistoire israélite, il fut contraint par la Gestapo de participer à l’organisation des déportations de la communauté juive du pays. Il réussit toutefois, par la négociation, à retarder la déportation de certaines personnes ou à faire connaître à l’avance les transports, ce qui permit à d’autres de se cacher. Le 17 juin 1943, l’homme d’affaires fut déporté avec sa femme Aline et son fils René vers Theresienstadt. « Pour retracer le parcours de vie d’Alfred Oppenheimer » explique Daniel Thilman « nous avons dû consulter d’un côté des sources archivistiques connues et d’un autre côté, nous avons pu puiser dans des fonds non-accessibles jusqu’à présent. Recourir à différents types de sources et recouper leurs données avec des publications existantes sont les bases de toute recherche historique. Ce travail rigoureux, appliqué par tous les auteur-e-s, a permis la réalisation du livre.
D’abord recherchées et écrites pour le Mémorial digital de la Shoah, initié par Denis Scuto, professeur associé à l’Université du Luxembourg, les biographies réunies dans ce livre n’en perdent aucunement leur appareil critique indispensable pour un ouvrage historique qui s’adresse aussi bien au lecteur intéressé qu’à l’historien exigeant. « L’intérêt de ce livre pour les prochaines générations » précise Daniel Thilman « est d’abord de lancer un memory book digital, qui peut ainsi aussi être un support de travail en classe. La base de données qui est ainsi alimentée peut aussi servir aux chercheurs, spécialistes de la Shoah et de l’histoire du Luxembourg. »
Les auteurs
Nicolas Arendt, Jérôme Courtoy, Marc Cukier, Ben Fayot, Yannick Frantz, Inna Ganschow, Marc Gloden, Germaine Goetzinger, Elisabeth Hoffmann, Blandine Landau, Mil Lorang, Sébastien Moreau, Laurent Moyse, Emir Ramsilovic, Wolfgang Schmitt-Kölzer, Denis Scuto, Daniel Thilman, Maja Veyrat-Andert, Henri Wehenkel, Claude Wolf.
Le livre
Le livre « Parcours de vie – Les Juifs du Luxembourg et la Shoah » est édité par le Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History (C²DH) de l’Université du Luxembourg et généreusement financé par la Fondation Lydie Schmit.
La présentation du livre aura lieu le lundi 26 janvier 2026 à 14h30 dans l’amphithéâtre de la Bibliothèque nationale au boulevard Kennedy à Luxembourg-Kirchberg, suivie d’allocutions de Messieurs Jérôme Courtoy (président de la Fondation Lydie Schmit), Denis Scuto (directeur du Mémorial) et Laurent Moyse (président de la Fondation luxembourgeoise pour la Mémoire de la Shoah.